La sexualité sur le chemin du bonheur ? La sexualité contribue t-elle au bonheur ? Oui, si elle contribue à des états de pleine satisfaction, de plaisir, de félicité. Pourtant, il nous faut bien admettre qu’elle est le plus souvent source de manque, d’insatisfaction et de conflits dans les couples. Elle exprime la singularité de chaque expérience humaine et l’immense difficulté à s’ajuster dans nos différences et nos complémentarités. Les difficultés nous renvoient au plus profond de notre être. Comment je me suis construit comme femme ou homme sexué ? Qu’est ce qui se rejoue de mon histoire de petit(e) et qu’est ce qui se joue aujourd’hui dans mon aspiration à rencontrer l’autre au plus profond de son être ? Les rencontres des corps à cœurs sont en fait une invitation à la rencontre de soi, voire même au dépassement de soi. Elles peuvent nous mettre en situation de témoin de notre conscience ordinaire, pour nous faire grandir. La confrontation au manque L’enjeu essentiel de la sexualité est de nous mettre en face du manque, de nos limitations. Je suis une femme, je ne suis pas un homme. C’est dans les polarités opposées du masculin et du féminin que se cherche l’âme qui nous anime. Avec toi j’ai envie de me sentir pleine ou plein. L’enjeu de me sentir pleinement homme ou femme s’exprime " quand je te fais l’amour et que tu jouis, je me sens exister dans ma puissance d’homme. Quand tu me prends avec tendresse, je sens ton amour, je me sens une femme désirable et accueillante ". Cela conforte la représentation que l’on a de soi ou la remet en cause " Si tu n’as pas de plaisir, je me sens envahi, je suis insuffisant. L’agressivité du mâle m’anime ou me renvoie à la violence ". Du fusionnel à l’agressif La sexualité de l’homme et de la femme évolue en fait entre deux dimensions extrêmes : la fusion et l’agressivité. La dimension fusionnelle correspond au désir de se fondre dans le ventre de la mère. La dimension agressive correspond au désir de s’affirmer, de s’affranchir du risque d’engloutissement de celle-ci. L’homme dans sa représentation inconsciente de la femme oscille de la vierge à la putain : " tu es une femme respectable, je t’aime, je te remplis de mon amour ou je te baise, je ne veux pas être englouti ". La femme dans sa représentation inconsciente de l’homme oscille entre la sagesse de l’homme et son côté sauvage, voir bestial : " rend-moi femme par ton désir ou baise-moi, tu ne peux pas me remplir ". La polarité fusionnelle s’estompe avec le retour à la réalité (désidéalisation) et l’érosion du temps. La polarité agressive est contraire à la morale et aux préjugés et souvent, elle ne peut être exprimée sans être blessante. Mais au fond la pulsion fusionnelle et l’agressivité sont des énergies. L’agressivité exprime un aller-vers pour trouver la réponse dans l’environnement à nos besoins fondamentaux. Elle est nourrissante dans ce qu’elle permet le contact, l’interaction et l’assimilation de la nouveauté trouvée dans l’environnement affectif, si elle nl’est pas enfermée dans le jugement. Désir fusionnel et agressivité sont en fait des émotions. En les rencontrant et en accueillant ces forces qui viennent du fond, on les met à distance pour mieux les gérer. Je peux les utiliser dans le jeu de la rencontre afin qu’elles viennent nourrir le " Je amoureux ". Elles représentent un formidable réservoir d’érotisme et de rencontre des corps et des cœurs. De l’agressivité à la nouveauté nourrissante Dans leur rencontre, l’homme et la femme cherchent à exister. Les luttes de pouvoir inconscientes se mettent en œuvre. Par la vigilance sur les enjeux dans le couple et sur ce qui se réactualise de l’histoire de chacun, la lutte de pouvoir conscientisée et assimilée devient source de croissance pour chaque partenaire et pour le couple. C’est par la mise à distance de nos modalités de fonctionnement et en allant dans des situations nouvelles que l’on peut explorer tout son potentiel de désir et de plaisir. En passant d’une position de passivité à une position active, on peut souvent découvrir la puissance de ce qui nous anime pour mieux s’abandonner. Par le jeu sexuel on se réapproprie son droit au plaisir, on mobilise son énergie par une transition subtile du jeu au Je et l’on passe du JE, TU au NOUS.. Pour s’engager dans une rencontre légère du NOUS, les partenaires reprennent alors l’entière responsabilité de leurs affects. Pour cela, ils retirent leurs projections sur l’autre : il nl’ y a plus de méchant. En étant responsable des situations créées, ils retirent le poids qu’ils font peser sur l’autre. Ils sont responsables du plaisir qu’ils se donnent avec l’autre. La réalité des couples et de leur investissement dans la complémentarité femme/homme montre toute la difficulté à s’ajuster et à s’érotiser à deux. La face d’idéalisation est souvent prolongée par le choc de deux expériences qui ne peuvent se rencontrer, sauf à mettre beaucoup de conscience sur ce qui nous réunit et sur ce qui nous différencie. Mais cl’est dans cette différence que le couple s’enrichit par ce double mouvement qui consiste à s’abandonner sur le terrain de l’autre et à affirmer ses besoins essentiels. A la rencontre de nos polarités opposées, l’Anima et l’Animus L’amour et la sexualité fusionnelle ainsi que l’agressivité et la sexualité anti-fusionnelle sont induits par l’expérience sexuée de la petite fille et du petit garçon, dans leur contexte familial. L’enfant est confronté à l’étrangeté. Je suis une petite fille, je ne suis donc pas un petit garçon; exposition, curiosité, envie, manque, agressivité vont s’inscrire au plus profond de la personne. L’expérience et les affects associés à l’excitation des zones érogènes ( honte, peur, dégoût, insécurité, intérêt porté par l’autre, anéantissement, plaisir, joie ) s’impriment et orientent l’aspiration à la relation et à la sexualité. L’équilibre psycho-affectif et sexuel de l’homme et de la femme dépend ainsi des premières expériences infantiles. Le maternage et la relation avec maman, l’identification relationnelle et oppositionnelle à la mère et au père que je porte en positif et en négatif, ma place dans la famille, le lien entre papa et maman vont fonder le féminin de la femme et le masculin de l’homme, et leur polarité opposée inconsciente. Ces polarités dynamiques que Jung nomme l’animus et l’ anima animent le vivant et les êtres que nous sommes. Ce sont les moteurs de la relation sexuée. L’anima représente la polarité inconsciente du féminin de l’homme et l’animus la polarité inconsciente du masculin chez la femme. Mais ces polarités, lorsqu’elles ne sont pas rencontrées en soi, car constellées et occultées par nos histoires familiales, s’expriment en négatif et envahissent le champ de la relation sexuée. La relation est alors un champ de bataille. Dans certains de mes groupes, pendant plusieurs jours les femmes s’habillent en hommes et les hommes en femmes. Le premier jour on tombe facilement dans la caricature : les nouveaux hommes " pognent " les fesses des femmes, les nouvelles femmes entrent dans des jeux de femmes putains ou légères. Mais peu à peu on se laisse toucher au plus profond de soi, pour rencontrer de nouvelles énergies. Sur le chemin de la maturité sexuelle C’est dans l’acceptation de ce que je suis et dans le Comment de mon désir exprimé, de l’excitation qui prend forme et de l’abandon à l’autre que je peux me rencontrer dans mon être sexué. Aperçu après aperçu, je peux entrer dans l’expérience nouvelle et tendre vers la croissance où l’organisme a complété son développement. On peut parler alors d’une certaine maturité sexuée et sexuelle.
Celle-ci nous permet alors de nous affranchir de nos forces compulsives portées par la frustration, la peur, la solitude et la finitude. Elle conduit peu à peu à l’intégration des composantes masculines et féminines. Elle se traduit par une meilleure plasticité dans les rôles, favorise l’intimité affective, corporelle et génitale et ouvre à l’intégration des érotismes fusionnels et anti-fusionnels. La plasticité dans l’intégration des composantes féminine et masculine marque une évolution dans le développement de la personne, dans la mesure où elle permet aux hommes et aux femmes d’exprimer leur potentialité humaine en se réalisant d’une façon plus globale. A l’âge adulte si l’homme a acquis suffisamment d’assurance par rapport à sa masculinité, il pourra se permettre de lever l’inhibition relative à ses composantes féminines fondamentales. La féminité alors contribue à l’accueil du monde et à une plus grande expansion de l’être. Chez la femme, cette intégration de la polarité masculine se fait progressivement si la peur de l’agressivité phallique est dépassée. La masculinité accueillie, conduit alors à l’autonomie, à la force tranquille et à l’ouverture à la grande nature. C’est par l’ouverture à la différence que l’être humain parvient à dépasser son uni-dimensionnalité et tendre vers la complétude. Il se confronte à la dynamique narcissique qui s’exprime par le besoin du miroir, pour se sentir vivant, aimable et érotique. Cette ouverture passe par le partage de son espace intra-psychique avec une personne de l’autre sexe. En général la femme est plus à l’aise dans l’espace de partage d’intimité, affectif et désexualisé où l’échange des intériorités privilégie la parole et le contact corporel et affectif. Cette intimité peut être source de confusion dans un lien quasi-symbiotique et fusionnel. L’homme peut avoir peur d’être ré englouti par la femme et de perdre ainsi son identité masculine. L’investissement de la complémentarité sexuelle passe aussi par la sexualisation, donc l’aptitude à codifier érotiquement les différences sexuelles corporelles et à investir l’agressivité phallique dans son expression et son accueil. Les hommes ont une plus grande facilité à érotiser les sentiments hostiles (lien anti-fusionnel) où l’objet sexualisé est dépersonnalisé, déshumanisé, dominé, dégradé, mais ils ont une plus grande difficulté à érotiser leurs sentiments amoureux (propension à cliver l’objet sexuel et l’objet d’amour). La sexualité est un lieu privilégié pour combler des besoins d’ordre narcissique et fusionnel, pour consolider l’identité personnelle et sexuée et pour activer l’instinct de vie. De l’illusion à la relation La sexualité est un domaine d’exploration et de rencontres multiples. On peut explorer ses ombres sexuelles et partager avec le partenaire une dimension ex-statique (au-delà de soi). C’est ainsi que le tantra nous enseigne que la sexualité peut être source d’expansion de soi par la méditation et l’abandon dans le plaisir. Le but recherché nl’est pas la décharge de la tension, mais la détente, l’abandon à ce qui est. Alors l’expérience nous relie à un environnement sans limite, au-delà de l’égo et de l’intime. Mais ce travail ne doit pas précéder la rencontre avec l’ombre, les démons qui nous possèdent, les peurs qui nous assaillent et qui occultent la confrontation à nos angoisses existentielles inhérentes à chaque être humain.
En effet, derrière l’abandon au plaisir et au développement de son énergie vitale, il est aisé de se fuir et d’entrer dans l’illusion qui masque sans le nommer un désir effréné nourri par le vide insupportable ou la peur d’affronter sa propre réalité. Il ne faut pas perdre de vue que pour pouvoir entrer dans d’autres dimensions de la rencontre, il faut d’abord se rencontrer soi même.
En résumé, la sexualité est la face immergée de ce qui nous anime et nous met en relation. Elle est l’occasion de reconnaître et d’accepter sa propre énergie vitale et par le manque qui la sous-tend de rencontrer en soi la moitié qui fait défaut et que l’on cherche en l’autre.
Ce chemin vers la complétude rejoint sûrement le chemin du bonheur. Il nous ouvre à ce quelque chose d’indicible que l’on nomme l’Etre Essentiel. |